2020

Forcément si 2020 a commencé dans une rave party à Tottenham sous le signe d’un ballon girafe, il fallait s’attendre à tourbillonner dans l’espace les mois suivants. Des toilettes préfabriquées, les bleues et blanches en plastique, comme dans les festivals. Elles semblent si fragiles, si légères, elles tanguent lorsque je ferme le verrou de la porte. Ça me dégoute un peu de toucher quoique ce soit dans ces toilettes mais j’y peux rien, j’ai pas le choix, alors je repousse la porte avec ma phalange et je presse la chasse d’eau avec la semelle de ma Dr.Martens. Il n’y a pas l’eau courante, pourtant il y a une fine flaque sur le sol, je ne sais pas d’où elle provient mais je crois qu’elle peut m’engloutir. Une véritable aventure à revivre indéfiniment durant la soirée. Et encore je ne te parle pas de la queue que je dois faire pour attendre mon tour, l’enfer sur terre. À me dandiner sur place, pour éviter de m’uriner dessus. Elles sont toutes pareilles que moi les filles dans la queue. On s’aime toujours un peu plus quand on se rencontre dans la queue des toilettes d’une soirée, le désespoir ça rapproche. Cependant, lassée de me faire de nouvelles copines à chacun de mes périples, je décide de changer de tactique et je me dirige vers la porte d’entrée de l’entrepôt désaffecté, gardée par deux agents de sécurité. Adorables au demeurant. Je leur demande si je peux sortir et revenir dans deux minutes. Ils me tamponnent le poignet et me voilà dans la rue, déserte, fraîche, silencieuse. Je m’accroupis entre deux voitures, tout en bataillant avec mon body. Quelle stupide idée de porter un body en soirée, et puis en plus j’ai mis un autre teeshirt par dessus donc on ne le voit même pas. Inutile. Donc je bataille avec mon body en coton, et là j’entends du bruit. Mais le bruit est étouffé. Il provient d’un bâtiment derrière mon dos, un autre entrepôt mais à priori occupé, celui-ci. Une fenêtre est entrouverte tout en haut du mur de briques. Je me concentre pour entendre le bruit plus distinctement, et je jette un million de regards autour de moi, quand même, je surveille. Et là j’entends le bruit de nouveau, c’est une musique, et des gens chantent. Mais ce n’est pas la rave, non la rave ne chante pas. Ça sonne comme du gospel. Mais oui c’est ça, c’est un chant religieux, joyeux et entraînant. Et à chaque fois que je sors de ma rave, je participe un peu à leur soirée à eux, en secret, sur mon bout de trottoir cachée derrière le pare-choc arrière d’une voiture. Encore une fois, personne ne m’a crue quand je suis rentrée dans mon entrepôt désaffecté, tout le monde pensait que j’avais trop bu ou un truc du genre. Mais je disais la vérité, la Stella ne me donne pas d’hallucinations, il est trois heures du matin et des gens chantent du gospel à Tottenham la nuit du nouvel an. Et moi j’allais retrouver ma girafe, et en dessous ceux avec qui j’étais venue en Uber en prenant l’autoroute. Bah oui forcément à commencer comme ça, l’année 2020 allait être un peu insolite.

La femme-île 

C’était une femme-île où tout avait cramé car elle a dynamité le seul pont qui la rattachait à la rive du monde. Parfois elle essaie encore elle essaie de construire des ponts de singe entre elle et les autres. Mais certains sont faits à la va-vite alors ils sont instables ils se cassent la gueule. Elle a manqué de se noyer une fois deux fois trois fois en grimpant dessus ils ont lâché d’un coup comme ça sans prévenir. Les larmes lui en sont venues à l’improviste elles aussi. On lui a dit qu’on viendrait bien la chercher en ramant qu’on la mettrait dans cette petite barque pour l’emmener sur l’autre berge mais on n’est jamais venu la chercher. Fallait bien lire tout était au conditionnel. On ment on ment par confort par faiblesse par ennui par politesse. On est tiède comme l’eau de ses larmes quand elle chiale comme ça sans raison quand elle chiale devant un maître et son chien car ils sont si bien assortis ces larmes à travers lesquelles toute la journée toute la nuit elle attend et fixe l’autre rive qu’on embarque comme promis. Elle fixe tellement qu’elle en a mal aux yeux. Elle pourrait rester là devant les fenêtres qu’elle aperçoit depuis un coin de son île car au moins elle sait toujours où regarder à tracer les grandes lettres S T U P I D E sur la poussière du sol. Au conditionnel. On peut faire beaucoup de choses au conditionnel. Mais on ment on ment par jeu par bêtise par honnêteté et elle a honte honte d’elle honte de croire tout ce qu’on lui dit honte de ses bouteilles à la mer. Elle préfère encore fumer tiens assise sur les braises ardentes de son île plutôt que de repenser à ses embarrassantes bouteilles au moins ça n’engage qu’elle. L’existence est toute biscornue d’un coup elle a froid malgré la trentaine de degrés sur le thermomètre elle frissonne et elle n’essuie même plus son nez qui coule il séchera comme le reste comme les larmes de crocodiles qui tombent toute seules comme le coeur qui s’ennuie comme la peau qui mue. C’est un tel gâchis d’être une femme-île, sur laquelle tout est en feu.

I don’t like takeaway anymore

I would enjoy a takeaway if I knew I could go to the restaurant itself if I really wanted to. I would enjoy a takeaway if I knew I was just being lazy. Lazy by choice. Deprived from the possibility of entering the space and sit down on a bar seat, I feel like a fool having the food on my bed. Like, what’s the point? What’s the point of bringing this lukewarm pizza onto a plate far too small to contain it whole, and sprinkle crumbled crust all over the cover duvet? I don’t know where to put the lid of the smoked bbq dipping container, and it will probably stain the fabric without me noticing. Last time the delivery guy just dropped his entire bag on the floor, and I had to rummage through it to find my pizza box thinking wtf am I doing with my life? The capers were not caper berries as usual, but the small pickled one delicious with skate wing, not with my pizza. Salt on salt, a bit too intense on top of the already salted anchovies. That wasn’t what I expected. But come on, you’re eating a pizza on your bed, watching Normal People on BBC iPlayer, your expectations can’t be that high, and you can’t complain about capers while this guy is obviously struggling with his bag full of food as he puts it directly on your doorstep. Let me pinpoint something here, I agree you like cheese, I like cheese too, we all do, but craving for cheese is not an excuse to order that cheeseburger filled with a steak hâché. Remember when you ate that out of date frozen one and you thought you’d die in your Parisian flat, or catch an uncanny virus and still die in your Parisian flat. You even called the poison control centre and they told you to wait forty-eight hours. At the end I didn’t die but I should definitely discard steak hâché from my life. Eventually I just gave up pretending to enjoy soggy bun and mushy fries delivered with too much packaging, and I decided to become a grown up, making my own quite enjoyable burger with halloumi and lot of vegan mayonnaise mixed with a copious amount of sriracha. The fries I could find at the shop are definitely the one I despise, the large one, tasting like wet cardboard, but at least it’s my fries that I hate. Okay, I could also do my own fries from cut potatoes, but I can’t honestly come from takeaway to make my own fries. I don’t have a fryer anyway. And let’s be honest about it, I don’t want to risk burning my face with some jumping cooking oil from the saucepan just for some hand-cut fries. This is not the plan. This is not my plan.

Le porcelet

Ses boums n’ont jamais eu le goût de celles de Vic. Elle appliquait trop de gloss en roll on, dans lequel se collaient les mèches de ses cheveux, et du crayon pailleté bleu électrique au ras des cils supérieurs. Elle portait vraiment trop de maquillage, mais finalement c’était juste un coloriage mal fait, qui déborde, ça n’avait aucune importance, aucun impact sur le motif de base. Ses contours étaient toujours les mêmes. Son orthodontiste a refusé qu’elle garde les dents du bonheur. Si elle avait vécu à l’époque napoléonienne – et été accessoirement un homme – elle aurait été exempt de guerre, parce qu’elle n’aurait pas pu recharger son arme en ouvrant la poudrière avec ses dents. Se soustraire au destin de soldat juste pour une histoire d’incisives écartées, le bonheur couleur ivoire. Dans les années 2000 on avait plus le service militaire obligatoire, mais on refusait que les enfants échappent à une guerre fantasmée et terminée depuis bien longtemps. L’une de ses boums, loin d’inclure Lambert Wilson qui joue du piano, implique un porcelet. Et c’était très sincèrement la meilleure boum de sa vie, une boum dans une porcherie. Voyez-vous elle avait la cassette vhs de Babe, le cochon devenu berger, un classique. Dans la porcherie, il faisait chaud et moite, il y avait des centaines de porcelets qu’elles avaient le droit de prendre dans leurs bras. Bien sûr à cette époque elle ne faisait pas le lien entre ce porcelet et le filet mignon de porc aux champignons de Paris et crème fraîche qu’on lui cuisinait, car personne ne lui avait distinctement expliqué ce lien. Grossière erreur d’ailleurs, on devrait emmener tous les enfants dans une porcherie, leur mettre dans les bras un porcelet, les laisser faire connaissance, les caresser, leur parler puis ensuite leur expliquer que ce cochon sera dans leur assiette dans deux semaines. Expliquer que le steak est un animal d’abord vivant, puis mort. Juste pour en avoir conscience. Et ensuite l’enfant décide s’il est ok avec ça. On ne devrait pas cacher aux enfants qu’ils mangent un animal mort. Ni qu’on ne mange pas le chat mais qu’on peut manger le porcelet. Car croyez moi, elle ressentait autant d’amour, voire plus, en tenant dans ses bras ce porcelet plutôt qu’un chaton. On ne devrait pas couvrir la viande de sauce épaisse pour cacher le sang, le gras, les nerfs. Par contre on devrait en faire une fête, une célébration, un véritable sacrifice. Elle ne pense pas qu’il faille seulement manger les animaux que l’on tue, mais si l’on est pas capable d’accepter que le porcelet et le filet mignon partage la même âme alors on ne mérite pas de le manger. Inconsciemment quand elle tenait ce porcelet dans les bras, elle s’est rendue compte qu’il fallait honorer l’animal même dans la mort. Et s’il lui a fallu du temps, beaucoup de temps, elle a toujours une pensée pour le veau, le cochon, le chevreuil, le lapin ou le canard vivant qu’elle ingère, tout en sachant que dans cette viande, il y a tous les souvenirs et les expériences de la bête trépassée, ses forces et ses faiblesses, ses peurs et ses exaltations. Quand elle mourra elle veut bien être dévorée par des vautours, pour retourner là d’où elle vient. Par contre elle n’avait toujours pas dansé le slow.

La moquette

Planète Rap 2005 Volume 1 + Volume 2, les boîtes en plastiques des cds s’entassent et remplissent la tour dédiée à cet usage. Une tour cd quoi, terriblement ringarde, même à l’époque où on y rangeait les boîtiers achetés chez Cora. Oui je disais chez Cora et sur Paris. Pas la peine de juger la province. J’allais en ville quand je rejoignais mes amis sur le parvis devant le théâtre, où les garçons apprenaient aux filles à tenir sur un skate. Je suis sans doute passée par là moi aussi pour agripper quinze secondes la main d’un garçon, ce qui n’était pas négligeable. J’ai jamais su tenir sur un skate en lâchant cette main, ou peut-être que je n’ai jamais voulu savoir. Alors chez Cora, quand j’avais la chance d’y aller, j’achetais la dernière compilation Skyrock Planète Rap de l’année, et j’avais entre vingt et quarante nouvelles chansons à écouter pour bien danser et mal chanter. Chacun ses dons. Ça me paraît inimaginable aujourd’hui, d’être si limitée dans mes choix d’écoute, mais ce sont des chansons que je connais encore par coeur aujourd’hui, donc j’imagine que ça avait du bon. Le RnB français et américain des années 2000 est sans doute le véritable premier amour de ma vie, et aujourd’hui il suffit de lancer une playlist RnB 2000’s sur Spotify pour que automatiquement mon corps se transforme en lave. C’était l’anniversaire d’un garçon de la classe au collège, sûrement en 5ème, blond et potelé, c’est tout ce dont je me souviens de lui. Pas même un prénom, ou juste que c’était un prénom court. Ou peut-être un peu long finalement. J’étais la seule fille invitée car j’étais amie avec des garçons au collège, les filles étaient bien trop méchantes. Personne ne m’avait appris la sororité, et à elles non plus apparemment. Son anniversaire se passait chez lui. Qu’est-ce qu’on a fait tous ensemble? Dieu seul se souvient. Mais je sais que j’avais été chez Cora avec mes parents pour acheter la compil’ Planète Rap la plus récente et la lui offrir. Tout le monde écoutait Skyrock au collège. Enfin bien sûr que non, mais tout le monde faisait semblant d’aimer la même musique, alors tout le monde assurait écouter Skyrock et la Radio Libre. Libre d’apprendre dans le désordre, car pas certain qu’apprendre à faire une pipe avant d’avoir embrassé un quelconque être humain soit dans l’ordre des choses. Alors j’avais apporté mon cadeau, ma compil’ que ma mère avait emballée pour moi car je n’étais pas si appliquée, et je l’ai posé sur la pile des autres paquets, quand je l’ai vue. Posée négligemment sur le bureau de la chambre, la compil’ Planète rap que j’avais achetée deux heures avant, sans emballage, car celle-ci appartenait au birthday boy. Ma seule consolation résidait dans le détail du boîtier fissuré. Fissuré car il avait sans doute acheté ce cd dès sa sortie. Il n’attendait pas comme moi d’aller chez Cora une fois tous les deux mois. Il allait chez Cora dès que la compil’ était disponible. Sûrement exprès pour ça. Évidemment, si la même scène se rejouait aujourd’hui j’irais droit sur mon hôte avec un cd dans chaque main pour qu’on en rigole tous les deux. À la place quand il a déballé mon cadeau, j’ai rougi et fermé les yeux. Mais s’il était bien conscient qu’il possédait déjà ce cd, il a fait semblant d’être content de le recevoir pour l’écouter plus tard. Il n’a rien dit sur le fait qu’il avait déjà dû l’écouter mille fois, se lasser, le laisser traîner sur le sol, marcher sur le plastique et le fissurer sans que cela ne le gêne plus que ça, car ce cd faisait déjà partie du passé. Je me demande même si à cet instant précis le cd de la boîte cassée n’était pas inséré dans la chaîne Hifi. J’étais mortifiée mais à la suite de ce moment gênant, on est tous sortis pour se balader dans son village je présume. Ils ont fait ce que les jeunes garçons font quand ils apprennent qu’ils écrivent les règles du monde dans lequel on vit – ils ont sonné chez tous les voisins avant de partir en courant. J’ai juste couru. De retour chez lui, dans l’état euphorique dans lequel m’avait plongée cette activité j’ai oublié d’enlever mes baskets à scratch, et je me suis dirigée droit sur le jumeau balafré qui trônait encore sur le bureau, en marchant sur la moquette. Sur la moquette. Et là vous imaginez bien le problème. Que nos parents aient pensé que poser de la moquette dans nos maisons fut une bonne idée soit, mais on ne devrait pas souffrir de ce choix imbécile. Me voilà sur cette moquette, avec mes baskets à scratch, les traces rayées de mes semelles bien visibles, tenant entre mes mains la boîte cassée. Alors vite, j’ai enlevé mes baskets et je suis sortie de la pièce pour rejoindre mes camarades. Mon hôte blond et potelé aurait sans doute prétendu ne pas remarquer les traces brunâtres laissées par mes pieds, car c’était un être délicat qui avait pris soin de ne pas froisser mon ego lors de l’épisode du cd. C’était sans compter sur sa mère, qui avait décidé de mener une véritable chasse aux sorcières. Qui avait osé marcher sur la moquette de ma maison avec ses chaussures sales? Elle voulait qu’un enfant endosse la responsabilité de sa terrible décision prise quinze ans plus tôt, concernant le sol du logis. Et là le drame. Si mon cadeau avait un doublon, mes baskets à scratch elles, étaient bien uniques. Aucun doute, mes semelles étaient celles qui avaient laissé les traces sur sa moquette bleue. Démasquée, j’ai évidemment éclaté en sanglots, c’en était trop.

Mettre les pouces en terre, les deux, tête en avant, cul par dessus tête, en culbute, dans la terre moite et fertile, se bouturer soi-même, se planter comme une asperge ou comme un échec, mais ça fait du bien de se planter, c’est retourner à la terre, se planter c’est revenir à soi, rentrer à la maison, c’est assembler un puzzle en papier de soi, enfin de soie, je veux dire, fermer la porte aux courants d’air, entr’ouvrir pour laisser respirer mais retenir son souffle en posant une nouvelle pièce, se planter c’est sourire de toutes ses dents ébréchées et mal alignées mais sourire quand même, c’est enraciner son corps pour que nos rhizomes se rejoignent dans la nuit, quand plus personne n’a les yeux ouverts pour se dire témoin, se planter c’est envoyer un message de trop, c’est rater sa fin et proposer une fin alternative, c’est envoyer un message de trop encore mais arrêter de rougir en y repensant, se planter c’est dire au revoir trop tôt, ou trop tard, c’est vivre avec une famille qui n’est pas la sienne, avoir quatre papa à bientôt trente ans, se planter c’est donner son coeur en apéro et ne plus avoir faim pour le plat, c’est avoir une frange bicolore blonde et brune, et penser à Agnès Varda, se planter c’est s’écorcher le genou pointu sur le goudron chaud et caresser la cicatrice de la pulpe du doigt, c’est s’asseoir tous les jours sur la même chaise et respirer. Se planter c’est se faire pousser.

Si j’avais une app pour noter ma journée sur dix, comme celle que j’utilise pour suivre le cours du cycle de mes règles, je lui aurais mis un solide deux, en pressant bien le bouton vague à l’âme. Ce genre de jours maussades, où tout fout le camp, comme du rouge sur du blanc. Pourtant j’ai mis mon joli crop top rose fluo, celui qui vient de Glasgow, et les sandales qui ont créé une marque de bronzage en carré sur mes pieds, qui ne veut plus partir depuis plus d’un an. Mais déjà en haut de la côte, à peine partie, je dois enlever mon masque car je n’arrive pas à respirer en roulant et je me rends compte que les rues sont déjà plus polluées et que c’est le jour de la réouverture des magasins. Une queue immense devant Primark, ça me dégoûte. Je n’arrive plus à porter mon masque, j’étouffe. J’étouffe aussi de voir autant de gens, partout, englués comme des mouches, à tourbillonner sur eux-mêmes. Les trottoirs sont trop petits, et je suis cernée par leur corps qui me dégoûtent, j’étouffe. Le bruit est lui aussi assourdissant, les voitures hurlent, le métro aérien enrage en faisant vibrer le tunnel sous lequel je transpire. Je sens mes épaules crispées, ma poitrine scellée, mes intestins noués derrière la peau de mon ventre, je parviens même à percevoir cette petite douleur au creux du corps qui m’avait finalement quittée. Enfin je pensais qu’elle m’avait quittée, apparemment elle était juste sous anesthésie. Ce sont comme des cris dans ma tête qui ne veulent pas se taire. Vite retrouver ma maison. Vite retrouver mes colocataires. Vite retrouver ma chambre, mon tapis tunisien avec un baobab dessus, et ma tasse Holybelly de deux-mille-quinze. Et quand tout est calme, de nouveau, aller chercher la petite douleur au creux du corps, pour lui poser des questions, comme un flic zélé. D’abord je lui promets de ne plus essayer de l’endormir mais de l’écouter, du matin au soir s’il le faut. Elle me raconte qu’elle ne sait pas comment lutter contre les enfants de New-York, elle qui est une petite douleur de campagne, elle qui ne connaît pas ses tables de multiplication ni comment appliquer un pourcentage, elle qui parle un second language mais ne sait pas comment être aussi polie avec les comptables. Ma petite douleur me confie qu’elle n’aime pas discuter avec ceux qui ne lui posent pas la question et toi? ou pire encore qui n’écoutent pas ses réponses aux et toi?, qu’elle se sent comme un marche-pied sur lequel on grimpe pour atteindre l’étagère du haut, qu’elle pense parfois qu’elle pourrait glisser du creux de mon corps et se dissoudre sur le sol sans que personne ne s’en aperçoive, sans que personne ne mette sa paume brûlée par le soleil pour la recueillir. Elle me dit qu’elle a eu beau offrir toute sa douceur de petite douleur, ses sourires, son sommeil, son appétit, sa santé, qu’elle a eu beau s’affamer, se noyer, s’enfumer, se priver et tout quitter, on l’a balayée en dix minutes, là, dans un pub rempli de chiffres et de boîtes en carton vides.

My last trip to the offy

Done with the quick laid-back shopping where you idly grab a chocolate bar with crunchy caramel, a bunch of cheese wrapped in red wax and a packet of those little scampi & lemon flavoured fries stuff that no one knows the name of. You don’t even know what you will get before entering the shop, you’ve been driven by your instincts. And your instincts fancy a quick fix, a sugar rush, caramel stuck in your molars, salt on your lips, sticky fingers and a distant headache after this disgraceful feast along a content feeling. You had what you craved for. You were addicted to those late trips to your local off licence, wearing nothing but comfy pyjamas and Birkenstocks. No one to judge you in an off licence, everyone you cross paths with is doing the same as you. You just have to glance at their arms – no one is using a metallic basket in such a place, you’re not here to linger, except some strange people from time to time doing their real food shopping – and notice a pile of random items they hold like an unwanted child. Anything to reach the £3 card minimum spend which is clearly the most annoying rule in the entire world. However, you know that a chocolate bar, a bag of sour candies and a pack of crisps will do. You can always add three clementines you didn’t even choose properly to reach the amount required while the shop owner waits, crossed arms over his chest, for you to decide if you want to give up your treasure or spend a little bit more. Because now you’re spending £4.59, and that wasn’t your initial plan. During the day, there is always an occasion to enter the small cluttered shop. If you join someone you’ll automatically stop by, to grab fours cans of Pilsner or two of IPA, it depends of the type of person you’re meeting in the park. When you arrive at the counter, the owner is always watching his little top right corner screen, not paying you too much attention, but enough to feel like you’re a human being, knowing that you could easily start complaining about your lack of sleep or the text you’re waiting from this guy you’ve just met. He would listen to you but, you’re not taking advantage of that, you end up giving a shy smile. About the screen, you always wonder what he’s watching all the time, you barely see the images and the sound is not coming clear. You must think to ask the next time you’re going back to the off licence.