Mettre les pouces en terre, les deux, tête en avant, cul par dessus tête, en culbute, dans la terre moite et fertile, se bouturer soi-même, se planter comme une asperge ou comme un échec, mais ça fait du bien de se planter, c’est retourner à la terre, se planter c’est revenir à soi, rentrer à la maison, c’est assembler un puzzle en papier de soi, enfin de soie, je veux dire, fermer la porte aux courants d’air, entr’ouvrir pour laisser respirer mais retenir son souffle en posant une nouvelle pièce, se planter c’est sourire de toutes ses dents ébréchées et mal alignées mais sourire quand même, c’est enraciner son corps pour que nos rhizomes se rejoignent dans la nuit, quand plus personne n’a les yeux ouverts pour se dire témoin, se planter c’est envoyer un message de trop, c’est rater sa fin et proposer une fin alternative, c’est envoyer un message de trop encore mais arrêter de rougir en y repensant, se planter c’est dire au revoir trop tôt, ou trop tard, c’est vivre avec une famille qui n’est pas la sienne, avoir quatre papa à bientôt trente ans, se planter c’est donner son coeur en apéro et ne plus avoir faim pour le plat, c’est avoir une frange bicolore blonde et brune, et penser à Agnès Varda, se planter c’est s’écorcher le genou pointu sur le goudron chaud et caresser la cicatrice de la pulpe du doigt, c’est s’asseoir tous les jours sur la même chaise et respirer. Se planter c’est se faire pousser.

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