I said snooker, not hooker.

Should we listen to the voices in our head.
Should we trust the images in our head.

Those yellow flowers, this welsh rarebit
covered in worcestershire sauce
and the snooker in Koh Chang.

I said snooker, not hooker.
But thinking of it, I remember the hookers now.
They were about ten, ageless.

I remember the smell of the flesh,
the number on their chest.
Perhaps there was no number.
Simply a tiny blue bikini
too loose on her hips.

And the smell,
the smell was terrible.
Even the beer tasted that smell
of decaying human flesh.

In the blink of an eye
I was outside the room.
I stared at my surroundings,
what looked like a motel
filled with decaying flesh.

This man, this man
was big and airy
wearing a striped shirt.
Where do you come from?

Jour 38 – Mercredi

Les bourgeons sont mordorés, sous les rayons tombants du soleil. Il y a une pie, deux pies, trois pies, attirées par la lumière émise par le mouvement des branchages. L’arbre se détache sur le ciel bleu ciel, immobile, ainsi que cet immeuble blanc coquille, immeuble à bien trop d’étages. Cet arbre et cet immeuble font partie d’une peinture délimitée par le carreau de ma fenêtre. Tous les jours cette peinture change, le matin, le midi et le soir, les couleurs, les feuilles, les fleurs sont différentes. Parfois un renard y est dessiné, trottinant le long de la mare, ou endormi sur le toit.

Jour 34 – Samedi (ter)

Tandis que la fille américaine plonge sa main délicate dans un paquet de chips épicées, je nage mal. Je me noie presque, je n’aime pas l’eau, elle m’engloutit, elle est méchante. Je me fiche de savoir que l’eau ne peut pas être méchante, qu’elle ne mord pas. Avec elle je perds pied, je coule, ça suffit à la rendre coupable. Ahh,  coupable! Peut-on se sentir moins coupable à la sortie d’une peine de prison?

Jour 34 – Samedi (bis)

Le chien est attaché à la barrière de cette bâtisse en bois, c’est sa laisse qu’on emmène en promenade loin dans la forêt, pas lui. Est-ce la même maison où le vieil homme est mort dans sa baignoire, sa face nue tournée vers le plafond? C’est la fille au visage poudré de blanc qui nous l’a annoncé ‘le vieil homme est mort dans sa baignoire, et son esprit est toujours là’.

Jour 34 – Samedi

À quoi bon?

À quoi bon continuer quand on se sent si basse que la terre nous recouvre. À quoi bon continuer quand on pense à exploser en mille copeaux de verre. À quoi bon continuer quand on garde ses photos tournées vers le mur. À quoi bon continuer quand on préfère s’enfuir, loin, très loin, dans une autre dimension, là où on a plus rien, même plus forme humaine. Pour y arriver combien de bus, de trains et de bateaux faudra t-il prendre? À quoi bon continuer quand on est déçu d’être soi. À quoi bon continuer quand même dans nos rêves on ne sait plus où s’assoir.

Jour 28 – Dimanche

Canette de Pale Ale sous le coude, bue dans un verre 33cl Stella Artois. Dans la cour des voisins, les enfants construisent une rampe de skate avec marteau et scie, et d’énormes pies volent de tout côté. Une tranche de Brillat-Savarin, du pain maison sous-cuit pour une tartine de pâté de sardine épicé, portant en chapeau une tranche de concombre au vinaigre. Les hommes écossais portent des mullet et des chapeaux de cowboy, tandis qu’un garçon nous demande si on veut un verre? C’est drôle. Mais pourquoi est-ce drôle? Car on est tous assis chez nous, seuls devant notre écran à regarder les mêmes groupes jouer depuis leur salle de bain et que d’un coup je m’y voyais vraiment à ce festival, dans la foule, une pinte en plastique à la main, les coudes de mes voisins contre moi, la lumière bleue et rouge sur la scène, les toilettes défraîchies et les sifflements dans mes oreilles.

«Peut-être que s’il se retourne c’est parce qu’il fait un choix. Il choisit le souvenir d’Eurydice, c’est pour ça qu’il se retourne. Il ne fait pas le choix de l’amoureux, il fait le choix du poète.» Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma

Jour 22 – Lundi

La voisine

Il y avait une rue,
et dans cette rue,
un corbillard.
Qui passait, lentement,
dans cette rue.
Pour que la famille
puisse se recueillir,
devant le cercueil,
dans le corbillard,
dans cette rue.
Et les voisins ont ouvert
leurs fenêtres.
Et les voisins ont ouvert
leur porte.
Pour signer, depuis chez eux,
le cercueil,
dans le corbillard,
dans cette rue.

Voir l’enfant aux cheveux longs, tombé de son cheval, décapité par un couteau à pain. Fuir par les escaliers, entre les nombreux cartons vides d’Amazon; des escaliers aux multiples marches abruptes. Finir sur le toit, sauver son ami qui aurait tout aussi bien pu être son frère.

Et en attendant la bouche d’incendie pleure toujours dans le parc.