Le bruit des ailes de chauves-souris
Comme des fantômes hyperactifs.
La chair des oeufs, est bleue.
Mais pourquoi?
Nous marchons, longuement,
dans un Paris désert.
Elle et moi.
Mais ce n’est qu’un rêve.
Un de plus.
Le bruit des ailes de chauves-souris
Comme des fantômes hyperactifs.
La chair des oeufs, est bleue.
Mais pourquoi?
Nous marchons, longuement,
dans un Paris désert.
Elle et moi.
Mais ce n’est qu’un rêve.
Un de plus.
«On ne peut pas oublier tout à fait quelqu’un que l’on a aimé.» Ma nuit chez Maud, Eric Rohmer
Quand j’étais petite la chambre de mon frère était de l’autre côté de la mienne, de chambre. Tous les dimanches soir, j’entendais depuis mon lit simple le générique angoissant, minéral – je me souviens bien penser ce mot, minéral – de la série médicale Urgences. J’étais pétrifiée sous ma couverture de laine, les draps pourtant bien bordés, rassurants.
L’extérieur représente désormais un monde interdit, dangereux. Et lorsque j’y met un pied, j’aimerais avoir la bulle de Jake Gyllenhaall pour me protéger. Avec un décontaminateur pour mettre la bière et le pot de hummus.
Les jours se marient comme des amants trop pressés; pourtant ils ne se ressemblent pas.
J’ai un jardin, je fais donc partie des privilégiés. Déjà que je suis blanche et hétérosexuelle, ca fait beaucoup. Au moins je suis une femme, ça contrebalance. Mais cis, alors bon c’est pas ouf non plus. Par contre je ne suis pas partie dans ma maison secondaire à Trouville, je suis restée coûte que coûte dans ma colocation, à Clapton. Et je vis avec mes propriétaires. Ils ont deux petites filles, et maintenant, à force de me voir voguer dans la maison, la plus grande essaie de prononcer mon prénom. Et c’est mignon, parce qu’elle est toute petite, et qu’elle est anglaise. Alors pour le moment, elle n’y arrive pas. Mais elle me fait coucou, quand je suis dans la cuisine et elle en haut des marches, et elle me dit bye bye quand je monte dans ma chambre. C’est étrange ce confinement à l’anglaise. Ça nous fait passer des moments incongrus avec des gens qu’on ne connaît pas vraiment. Mais on les aime quand même, malgré tout.
Je disais, j’ai un jardin. Et plein d’outils. Je redécouvre des plantes, le marigold anglais et le forsythias, tous les deux jaunes poussin, le grand laurier et le petit à ses côtés, et un énorme jasmin qui joue le parasol. Il y a aussi l’olivier, la lavande et le romarin. Une énorme vigne vierge se prend pour le parrain et étend ses tentacules de chaque côté d’une mare, où trône un soleil bleu.
Une semaine. Garder ses distances, avec les autres, mais aussi avec soi-même. Se laisser du temps, de l’espace. Je suis sortie aujourd’hui, pour quelques courses. Qui me coûtent super chère d’ailleurs, 3o livres pour du beurre, du vin, du lait et du pain. Ah oui et du cheddar, encore. Sans compter les dix-huit citrons (non quand même pas) et le gingembre. Mais c’est ma petite épicerie. Et la fille qui me sert est française, alors je la soutiens, jusqu’au bout, parce qu’elle est courageuse, et en colère. Elle ne comprend pas pourquoi les gens continuent de prendre le soleil et de flâner comme si c’était un dimanche comme les autres. C’est bien évidemment loin d’être un dimanche comme les autres. Ah, mes yeux sont lourds à force de fixer mes écrans, d’envoyer mes messages. Alors je disais, elle ne comprend pas comment les parcs peuvent êtres bondés, commes les marchés sont toujours ouverts, comment les gens peuvent aller faire des courses pour un paquet de gâteaux, au risque d’être contaminé ou de la contaminer elle. Elle ne comprend pas pourquoi personne ne pense à sa famille, pourquoi personne ne pense qu’elle est peut-être en contact avec des vulnérables. Elle ne comprend pas pourquoi les gens s’entassent les uns sur les autres. Et ça d’ailleurs je ne comprends pas non plus. J’étais à deux doigts de repousser une dame avec son panier vert, de demander à cette homme avec son masque de se reculer, de crier au visage (en respectant les distances de sécurité) de ces anglais qui se croient plus malin que tout le monde. Mais bien heureusement, mes amis eux, se sont aussi isolés, même si personne ne leur a imposé, aucun confinement obligatoire. Et croyez-moi ici on a pas de maison de vacances, et on vit en colocation. Mais après tout s’il faut mettre des amendes pour que les inconscients arrêtent d’acheter deux trois patates au marché en période de pandémie alors j’attends le discours officiel. Pour une fois qu’on voit le futur, on pourrait peut-être faire les bons choix. STAY HOME.
Il y a des jours sans, sans envie, sans odeur, sans goût, sans rien,. Et il y a les autres; les journées qui se cuisinent à coup de farine, de sucre roux et de beurre, qui se boivent avec des bières de squelettes, qui se pressent contre le matelas de yoga, en écoutant le mobile qui s’entrechoque, dehors. Ah, dehors…
Le saucisson & le cheddar
Heureusement que j’avais acheté du saucisson à la noisette, dans cette petite épicerie française, pas très loin de là où je travaille. C’était pas en prévision, non, je n’avais aucune idée de ce qui allait arriver, mais pour moi, pour le plaisir d’avoir du saucisson, comme à la maison, comme chez mes parents. Le souvenir du saucisson que coupait mon père, celui qu’il servait toujours sur la même planche en bois, avec les mêmes cornichons et les mêmes petits oignons blancs au vinaigre. J’adorais manger le saucisson, toujours enlever la peau autour, prendre le temps de piocher dans le pot, de quoi accompagner la tranche avant le dîner. Avec ça, j’ai acheté un cheddar, un mild vintage, pour avoir un peu de goût. C’est pas une marque, c’est pas celui entouré de cire noir, c’est pas écossais, mais il fait le job, en attendant que je reprenne le mien, de job. Alors un cheddar de supermarché et un saucisson d’épicerie, c’est un peu à l’image de ma vie d’ici.
J’aime être dans mon nid, seule, avec une couverture sur ma tête, huit oreillers autour de moi et une peluche. Celle-ci s’appelle Odette, c’est une autruche, très douce. J’avais un petit chat avant, mais il est chez son autre parent, il a la garde. Alors moi je reste avec Odette. Parfois elle est sous ma tete, parfois à mes pieds, parfois à portée de main mais souvent tombée du lit où je la repêche le matin.
Quand je me sens clouée sur place, une panique s’installe à l’intérieur de moi, une angoisse si forte qu’elle a sûrement une forme, un poids et une texture. Elle fait partie de moi maintenant. Elle s’est installée à l’intérieur de mon corps comme je me suis installée dans ma chambre, avec trop d’affaires, trop de bagages, ceux de ma vie d’avant. Mon angoisse elle a encore ses baguettes chinoises, ses dizaines de tasses, ses coquillages et ses pierres ramenées de voyage. Elle sait pas quoi en foutre mon angoisse de tout ces bibelots, alors elle les a foutus sur mes étagères et elle a jeté ses chaussures dans un coin. Elle s’en fout de faire le tri, de ranger et d’arranger. Parfois je pense que cette angoisse elle est comme Odette, toujours là meme quand on ne la voit plus. Genre là elle est cachée, et elle pense que je l’ai oubliée. Mais je la sens quand je vais me coucher le soir. Alors je la sors de sous le lit, et je la serre fort, très fort, pour la rassurer, mon angoisse. Et je lui dis, « tout va bien se passer, promis ».
C’qui me fait pleurer c’est pas la solitude,
Non ça j’ai plutôt l’habitude.
C’est plutôt que tout change,
Tout le temps.
Toujours.
Y’a pas une seule molecule qui reste en place.
Et on nous invite à construire quelque chose de stable,
Sans attendre que ca s’pète la gueule.
Et on y croit,
On construit, tous les jours. Un peu plus.
Et un jour on se réveille,
Et on est tout seul.
Et on se reveille,
Et il n’y a qu’un nid autour de nous.