Un peu d’ail sauvage, sauvageon, sauvageonne, en cuisine, aiguiser les couteaux, hacher les herbes, menu, menu, polir les verres, les casser, les briser, les faire teinter, des clochettes à boire et à déboire, parler, avoir tort, parler, de travers, saucer, un plat, une assiette, un bol, des miettes de repas, mousse au chocolat, glace à la pistache, beurre d’anchois, calçots. C’est quoi dis un calçot ? C’est un gros oignon nouveau ou un petit poireau, comme tu préfères le voir. Je disais grignoter, du pain, du pain, des croutons de pain, de la mie, du pain rassis, pas assis, lève toi, les gens doivent te voir. Y verser du tabasco, de l’huile, du rouge, du vert, des couleurs quoi. Envoyer l’assiette, non pas celle-là, attend, oui vas-y, un coup deux coups trois coups de fourchettes plus tard, la revoici, la revoilà. Happy ? Oui, non, je ne sais pas, je ne suis pas dans leur tête. Mais tu dois bien le savoir non, tu as demandé ? Oui mais je n’ai pas compris, les mots ont fusé trop vite, tout seuls, je ne les ai pas attrapé, il m’en a fallu de peu. Ce n’est rien, ce n’est rien.
Catégorie : Écriture libre
Je me cassais les dents plusieurs fois, persuadée à intervalles réguliers que s’en était fini, que j’allais rentrer, lassée de me sentir étrangère dans un pays à seulement une heure de train de là où j’étais née. Je m’imaginais, arrogante, dégoulinante de clichés faisant intervenir béret-vin-et-Plastic-Bertrand, dire au revoir, rendre mon tablier – au sens littéral du terme – et rentrer chez moi, accueillie par le soulagement que mon absence douloureuse avait provoquée chez mes amis. Je pris une gorgée de café, victorieuse – ah ce café – grignotai une tartine de pain et son beurre fermier – ah ce beurre fermier – et oubliai instantanément pourquoi j’étais partie. Fucking hell, pensai-je, pourquoi j’étais partie ?
Bribes thaïlandaises
À fond sur un scooter, les deux pieds rangés dans mes sandales à scratch, je tiens fermement mon casque jaune sur lequel trône le symbole royal thaïlandais et toute mon ignorance. Si les premiers jours j’agrippe mon conducteur, c’est pour mieux lâcher les mains les jours suivants, afin de tenir le gobelet en plastique géant, dans lequel une jeune fille a préparé sur le bord de la route fumante mon cha kiao yen, thé vert adoucit de lait concentré. Lorsque fatigués de piloter au milieu du trafic agité et frénétique de Chiang Mai, on décide de poser pied à terre et de se perdre dans les rues du quartier.
Dans mes jambes il y a des noeuds.
Si tu appuies dessus,
ils te raconteront des histoires.
Ce sont les histoires de Suzie
qui sont écrites dans mes jambes.
Ce sont ses histoires qui me portent.
Elle y a fait des noeuds à ses histoires
pour que je me souvienne.
Mais que je me souvienne de quoi ?
Des histoires de léopard qui danse sur une piste bondée,
face à la lumière, face à la scène, face à la musique,
qui tourne le dos à la drogue, à l’amour, au futur.
Des histoires de lune rousse qui baigne une fille blonde
et petite, mais grande sur ses talons.
Toutes les nuits, sur un balcon, un scooter, une terrasse,
dans une rue, un bus ou un bar, chez des amis ou
chez les autres.
Des histoires de tunnel, le même que Lady Di je crois.
Le pont de l’Alma, à deux roues, à deux.
Ça me rappelle un autre pont… Mirabeau,
sous lequel coule la Seine et nos amours,
Mais ça c’est une autre histoire,
encore faut-il que je m’en souvienne.
J’ai rêvé
j’ai rêvé
de la Bulgarie
de la roche rouillée
et des icebergs.
Je ne pouvais plus partir
la faute à mon vélo bleu.
La lumière
comme le bronze
en faire une statue
qui ne bougera plus.
Elle a le coeur lourd
ma soeur.
Comment ça je n’ai pas de soeur ?
Mais si, elle a les yeux bleus et
des taches de rousseur.
Un nom qui sonne comme un carillon
et deux syllabes à son prénom.
Et quand ma soeur a le coeur lourd
des cailloux qui lui sont tombés dessus
prêter mes mains pour le porter,
coudre un sac pour le mettre dedans.
En faire une montgolfière si légère
si légère qu’elle s’envole enfin.
Les détraqueurs tournent leur tête,
à ma fenêtre.
Le temps est lourd,
sur mes épaules,
a fait pleurer le jour
qui passe
qui passe.
Ils me regardent
et je deviens une petite pierre
toute petite pierre
minuscule
comme une fourmi
noire comme la nuit
noire comme les mouches qui
tournent dans ma tête
Et si je la secoue,
elles vont s’envoler dis ?
J’étais un bébé pansement
J’étais un bébé tortue
J’étais un bébé châtaigne
J’étais un bébé à cape
J’étais un bébé cabane
J’étais un bébé câlin
J’étais un bébé bain
J’étais un bébé chagrin
J’étais un bébé roseau
J’étais un bébé vélo
J’étais un bébé volé
J’étais un bébé sauvé
J’étais un bébé bagage
J’étais un bébé histoire
Cinq punks sortaient d’une boite en métal.