Les hommes vampires
s’approchent de trop près,
oui, de trop près
Je vais finir par les tuer
oui, les tuer
avec les pieux qui
sortent de mon coeur
Ce n’est pas moi qui le dit
c’est la femme aux griffes bleues.
Les hommes vampires
s’approchent de trop près,
oui, de trop près
Je vais finir par les tuer
oui, les tuer
avec les pieux qui
sortent de mon coeur
Ce n’est pas moi qui le dit
c’est la femme aux griffes bleues.
La porte est fermée depuis si longtemps maintenant, nous ne savons pas où nous avons rangé les clefs. Alors on attend qu’on vienne nous chercher. Cela pourrait prendre des minutes, des jours, des mois voire des années. Mais on reste patients, sous l’horloge si imposante qu’on ne peut y lire l’heure. Après tout, peu importe le temps que nous restons ici, ce ne sont que des chiffres, comme ceux que je regarde tous les soirs avant de dormir.
Dans les marais anglais où se promène l’homme solitaire, sans doute un ornithologue amateur aux vues de ses jumelles, je pédale lentement, entourée de roseaux qui plient mais ne cèdent pas, d’un cygne dans son gigantesque nid de branches sorti d’une fable de La Fontaine ; sur les chemins caillouteux je croise des dames à perruque, et sur le pont enjambant les péniches qui embrassent la rivière, de jeunes adolescents aux mèches bouclées sur leurs tempes. Je vois des chevaux derrière de longues barrières, et une femme explique à cette famille qu’il ne faut pas les toucher, car on pourrait transmettre le virus par cette caresse. Les enfants la regardent la tête penchée, les parents ne répondent pas. J’étais d’accord mais je lui aurais bien expliquer la différence entre pédagogie et condescendance.
Je m’ennuie
J’ai tout le temps de ne rien faire. Ce qui est parfait, car je ne veux rien faire. Absolument rien, ni cuisiner cette tarte aux poivrons, ni chercher une clef à molette pour réparer mon vélo, ni lire ce livre que j’ai déjà lu deux fois, ni répondre à mes messages, car je n’ai rien à dire, absolument rien. Je trouve mes réponses tout à fait inintéressantes. Si je presse une nouvelle fois l’écran de mon téléphone j’espère le fissurer un peu plus. Je me suis mis du fard sur les joues, sur les yeux, sur la bouche, du violet et du doré, pour égayer cette journée qui reste malgré tout parfaitement terne. Je m’ennuie dans cette chambre trop petite où mes culottes et mes assiettes sont côte à côte, à regarder par la fenêtre d’un air vaguement intéressé. Je m’ennuie. J’ai envie de courir devant une scène, une pinte à la main, de dodeliner de la tête et de lever progressivement la main. J’ai envie de tressauter au rythme de la musique, de renverser ma bière sur ma robe, comme d’habitude, sur les autres aussi un peu. Je m’en fiche, j’ai envie de hurler et de rebondir contre le corps des autres. J’ai envie de sentir qu’on m’empêche de tomber pour mieux me repousser vers le centre du cercle, de bouger les bras pour me protéger le visage, le reste je m’en fous, j’ai mes chaussures coquées. J’ai envie de perdre mon souffle, de suffoquer, d’être en sueur, la mienne et celle des autres mêlée. J’ai envie d’éviter les pieds au dessus de ma tête, je n’ai pas la force pour les retenir, ces corps qui lévitent. J’ai envie de léviter moi aussi, pour la première fois, de sentir les mains qui me supportent, les yeux tournés vers l’encre du ciel. J’ai envie de rire, de tenir le bras de celui à ma droite, à ma gauche, de me reposer sur le dos moite de celui qui est devant moi. J’ai envie de rire mais en attendant je m’ennuie.
Deux gouttes de fleur blanche de châtaigner sous la langue, pour brûler dans les flammes du feu de camp les pensées qui entrent sans frapper. Elles s’envolent en fumée, ou en papier cendré. Je ne les retiens pas, elles ne m’appartiennent pas. Alors j’ouvre la bouche, et presse la pipette encore une fois. Deux gouttes de plus. La bouteille est réconfortante dans ma main, rondelette et froide. Le goût me fait grimacer, surtout en pleine nuit, mais le liquide corsé agit instantanément, érige autour de moi une barrière invisible qui me protège de mes pensées, et leur dit doucement, j’aimerais dormir maintenant.
FORTY FIVE DAYS.
My heart is buzzing
The tip of my fingers tingling
My whole body is thrilled with fever
As powerful as a seizure
Like a pot under pressure
Trying to tune down my pleasure
No contact permitted
If only you were committed
Simply the one from my fingers
As some gentle reminders
Mon petit papi,
si petit,
avec sa casquette,
ses bretelles et
ses biscuits.
Il est plus jeune,
plus jeune que moi,
mon papi
maintenant que ses
souvenirs sont partis.
Should we listen to the voices in our head.
Should we trust the images in our head.
Those yellow flowers, this welsh rarebit
covered in worcestershire sauce
and the snooker in Koh Chang.
I said snooker, not hooker.
But thinking of it, I remember the hookers now.
They were about ten, ageless.
I remember the smell of the flesh,
the number on their chest.
Perhaps there was no number.
Simply a tiny blue bikini
too loose on her hips.
And the smell,
the smell was terrible.
Even the beer tasted that smell
of decaying human flesh.
In the blink of an eye
I was outside the room.
I stared at my surroundings,
what looked like a motel
filled with decaying flesh.
This man, this man
was big and airy
wearing a striped shirt.
Where do you come from?
Les bourgeons sont mordorés, sous les rayons tombants du soleil. Il y a une pie, deux pies, trois pies, attirées par la lumière émise par le mouvement des branchages. L’arbre se détache sur le ciel bleu ciel, immobile, ainsi que cet immeuble blanc coquille, immeuble à bien trop d’étages. Cet arbre et cet immeuble font partie d’une peinture délimitée par le carreau de ma fenêtre. Tous les jours cette peinture change, le matin, le midi et le soir, les couleurs, les feuilles, les fleurs sont différentes. Parfois un renard y est dessiné, trottinant le long de la mare, ou endormi sur le toit.
Tandis que la fille américaine plonge sa main délicate dans un paquet de chips épicées, je nage mal. Je me noie presque, je n’aime pas l’eau, elle m’engloutit, elle est méchante. Je me fiche de savoir que l’eau ne peut pas être méchante, qu’elle ne mord pas. Avec elle je perds pied, je coule, ça suffit à la rendre coupable. Ahh, coupable! Peut-on se sentir moins coupable à la sortie d’une peine de prison?