Bill Murray

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Il y a des anniversaires qui ne sont pas à fêter,

des dates aussi amères que du chocolat noir à déguster

Les chicons sur mon palais ont le même goût

qu’un sac à dos mal fait

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Celebration maudite que plus rien n’habite

À part des zombies et Bill Murray

un ticket de cinéma plié dans un porte-monnaie

L’empreinte de l’encre et de la peine

jamais effacée même mise en quarantaine

Blondies in Hackney

Why on Earth all those boys in London decided to bleach their hair during lockdown? I’ve never seen that many blondies walking around Clapton, London Fields and Hackney in general. And I’m not talking about those rhubarb delights that my friend baked for me – might share the recipe later with someone who truly deserves it btw. Between light tangerine and mustard yellow they – the boys – obviously bought this cheap home total bleach kit, oblivious to the fact they wouldn’t get this beautiful platinum blond colour from the packaging. The girls know, and they do it anyway. I mean I’ve done it many times before, transforming my own hair into a poor quality wig, but I knew what I was doing. Facing their lockdown loneliness they went through the process of changing their hair colour, in order to spice up their existence, what they thought would bring immediate joy into their life. Because they couldn’t – for once – control the world they faced the same powerlessness that we face as girls because we didn’t write the world’s rules, and acted on something they could change, their hair colour. Hair colours are political, it’s something you can work on, decide, change, choose and control. When you feel powerless, you take your scissors, or put your gloves on and cover your head with the white corrosive paste which is burning your eyes and your nose all at once. And now, the boys parade in the streets showing off their vulnerability. Because yes, you also have to accept to be vulnerable to cut or dye your own hair, you must take the risk of failure, to face the possibility of ruining both your hair and your pride. You have to let go on your ego, and down yourself to a peg or two. Locked for three months, the boys have no other choice than facing their hairiness. What to do with that? Getting rid of the fringe, badly trimming the sides, shaving everything or turning blonde. The last category is my favourite one, and I stare at them as long as possible to read in their mind the decisive moment when they decided to do it, and if they actually regret it. Clearly they regret it, but they will never tell.

On a vu

Ensemble, on a vu des lions de mer et des phoques, tous ces bébés, en roulé-boulé, qui poussaient des cris et se chamaillaient ; on a vu des bouteilles et des bouteilles en plastique d’Irn-Bru, liquide orange fluo au goût de bubble gum ; on a vu des escaliers de sept-cent-vingt-deux marches rocailleuses et des nuages nacrés ; on a vu le silence de la neige à travers la fenêtre du train ; on a vu des kilomètres de tickets et de pain au levain ; on a vu des crises de larmes et des crises d’angoisse, on a vu des crises de fou-rire et des crises tout court ; on a vu des Guinness, des Guinness et des Guinness, des chips au goût de langoustines et citron, si si, je te jure ; on a vu des gens courir dans la mer le vingt-six décembre, et enfiler des peignoirs en buvant un thé trop infusé, pieds nus ; on a vu le retour de Gavin & Stacey et beaucoup de mousseux de qualité ; on a vu du céleri-rave cuit en croûte de sel en veux-tu en voilà, et du citron confit pour le maquereau étincelant ; on a vu des coeurs de canards et des foies de poulets, des cakes de boudin noir, des coques épicées à pleurer, de la sauce aux cacahuètes, des pêches pochées au thym – comme moi quoi, du thé à la mangue, des kilos de topinambours et des madeleines encore chaudes ; on a vu des vilains en tongs, et des gentils en skate ; on a vu Love Island ; on a vu des échecs, mais on avait encore nos fous, puis on a perdu nos fous et il fallait partir ; on a vu des sachets vides et des manches de pull-over salis, des canettes de Red Stripe entamées sur la table de nuit ; on a vu des heures et des heures et des heures défiler, on a vu le temps s’effondrer ; on a vu ce qu’on voulait voir, et rien d’autre.

Mercure rétrograde

La pelote est emmêlée, je n’arrive pas à discerner le bout d’un seul fil, je ne parviens pas à trouver le début de l’histoire. C’est un gros noeud qui se serre lorsque je tire trop tôt ou trop fort. Pourtant tout y est, toutes les histoires sont dans cette pelote, elles ne peuvent pas m’échapper. Mais elles sont inextricables, elles fusionnent en une seule et même grosse histoire dégoulinante, qui n’a aucun sens, ni queue ni tête. Alors parfois je prends ma paire de ciseaux et je coupe un fil au hasard, je prends un bout de l’histoire sans son début ou sans sa fin. Ce n’est rien. Pour soulager la pelote, jusqu’à retrouver le reste du récit. Si on m’avait dit qu’un jour je suivrais les étoiles pour savoir où mettre les pieds sur terre, je n’aurais pas cru ce on. Quand la lune est pleine, que Mercure tourne à l’envers, que la saison des cancers pose sa main sur ma joue pour mieux me gifler, j’attends qu’ça passe. Et en attendant, en arrière-plan c’est toujours le chaos avec mon égo. Je devrais l’envoyer valdinguer avant qu’il ne m’encombre de trop, mon égo, il risque de me faire basculer dans le canal si je ne fais pas gaffe, ou de m’étouffer avec un coussin, ou encore de me donner un coup de hache dans le dos quand je fais pipi accroupie dans les bois. Il en serait bien capable le traitre, soi-disant pour me protéger. Je n’ai plus de salive, alors je tapote trois fois l’arrière de mes incisives du bas avec la pointe de ma langue pour avoir quelque chose à avaler. C’est toujours la même histoire qui se répète, en scooter dans le tunnel de Lady Di. Ah mais tu écoutes ça comme musique? Je suis en apnée, il faut que je respire, que mes poumons suivent, que l’air entre et sorte, inspirer 1,2,3,4 retenir 1,2,3,4 expirer 1,2,3,4,5. Ça c’est juste des bouts d’histoires, des bouts de fils coupés à la va-vite. Ça n’a aucun sens. Ni queue ni tête.

Morning podcast

At the pub, plastic cups and ashtray 

it was only a Tuesday

Not a pub as we remember pubs, ah?

more like a park where a stranger brings you beers

In my head I was already like nah

yet I was all ears 

No mask, no mask

not a really tough task

But at night, from North to South 

the drops of water are coming to my mouth

I would drink them,

I was drinking the rain

Literally

I was so thirsty 

Pissing down, soaked, such a bummer

forty-five minutes cycling

Porridge and crunchy peanut butter

in the morning, crossing

Tower Bridge with not a single tourist

It does worth the risk

Les tournesols

Parfois on se demande si ce qu’on a vécu est ok. C’était une belle soirée pleine de tournesols, elle s’en souvient très bien. Elle portait une belle robe chasuble assez courte qu’elle a dû jeter depuis. Inconsciemment à cause de cet événement peut-être. Elle était jeune, à peine majeure. Et surtout elle faisait moins que son âge, on lui aurait tout juste donné une quinzaine d’années sûrement. Un concert en extérieur, gratuit, avec une scène assez grande et une foule dense à ses pieds. Ses amis et elle avaient dû se perdre de vue assez rapidement, ce qui explique qu’elle dansait seule au milieu du public. La musique est forte, le soleil est encore haut et elle danse les bras en l’air quand soudain elle sent une main sous sa robe, pressant son entrejambe. Ni une ni deux, elle fait volte-face et sans réfléchir elle gifle l’homme derrière elle qui est grand, très grand. Il lui a rapidement retourné sa claque tout en lui disant qu’il n’avait rien fait. C’est ce qu’il lui dit Je n’ai rien fait, tout en lui assénant une gifle puissante. Les hommes autour d’eux sont intervenus à ce moment et ont évacué l’homme. Ils n’ont pas évacué l’homme car il avait passé sa main sous sa robe, mais parce qu’il l’avait frappée. Elle était jeune, on lui aurait donné quinze ans, elle ne comprenait pas ce qu’il venait de lui arriver. La gifle ce n’était rien, c’était le cadet de ses soucis. Il aurait pu la gifler dix fois, trente fois, cinquante fois, la main sur sa joue aurait été plus supportable que la main sous sa robe. Elle pense que c’est drôle comme parfois on oublie des événements si importants, car personne ne nous a dit qu’ils l’étaient, importants. Personne ne lui a dit que c’était pas de sa faute ni celle de sa robe, que ça s’appelle une agression sexuelle et qu’en fait c’était pas ok.

Red flags

Comme une enfant

dentelle rose Tommy Hilfiger

totalement indécent

achetée en solde sur Urban Outfitters

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Son cœur pompe si fort

qu’elle a peur, qu’elle a cru

qu’il l’avale toute entière, elle a tort,

mais elle était déjà foutue, foutue

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Foutue chandelle

mettre le feu aux fleurs des draps

y’avait du potentiel

mais elle s’est brûlée les doigts ah

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La brosse à dents,

noire et blanche des loups

Ce n’était pas prudent, pourtant

on ne lui refera pas le coup

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Jeter les cuillères

de miel, toutes douces

Jeter les cuillères

qu’il repousse

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Instinct de survie

Mettre sa culotte à l’endroit

en catimini, elle faisait trop de bruit

elle n’avait pas le choix

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Sans claquer la porte

quatre étages

être sa propre escorte

Courage

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Sans claquer la porte

encore trop polie

même si toujours sexy

il fallait qu’elle s’en sorte

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Une histoire de faussettes

sur le haut des fesses

Il y avait de quoi être upset

que ça cesse

Do we really care about the difference between a greyhound and a whippet?

I’ve never been a dog person. I feel more comfortable holding a newborn baby than being around a dog. Which is strange, because when I was a toddler, we had a dog, he was a black poodle, slightly aggressive but quite entertaining, and his name was Velours, which means velvet in French. I don’t remember walking, cuddling or even petting him. I have a vague recollection that I tried too many times to ride him like a horse. I don’t think he was very happy about that. This poodle was probably my furry big brother who tried to avoid my baby presence as much as possible, and I get it now. Some could even say that he didn’t like me, and the reality is it might be, but it might be not. And I’m sure he was loving me in his own poodle way. One of the reasons he might not have liked me is because I ate his fancy food one day. I was sitting in the garden and I was a curious toddler. I would eat everything except the contents of my plate : the whole tube of fluor-a-day tablets because I loved the taste of it, the table toilet – let’s just hope it was an unused one – probably because of the blue colour, and dog food. I remember pretty clearly myself, with the bag of dog food, holding the big ring in my little chubby hand – not true, I wasn’t chubby in any way – in my tiny hand and putting it into my mouth while thinking this is actually very good the dog is very lucky to eat this food on a regular basis. I was fairly disappointed when I realised eating dog food wasn’t socially acceptable, and this is probably why it took me so long to make friends. One evening, it was dark and cold, probably during winter, my parents came back from somewhere. From that night I missed something, but I couldn’t figure out what straight away. It took me some time to accept that the dog was missing. The dog is not there. The dog left. I thought that the dog just left me. I assume he got upset and bored with me and that he decided to move forward. I think my parents tried to give me the we sent the dog to the farm bullshit, but I didn’t believe them. Or perhaps they told me the truth, they told me they had to put the dog to sleep, but I didn’t believe them neither. I thought they didn’t want to tell me that the dog got fed up with me and went to another child who wouldn’t eat his food. Probably just a chubby kid. Why is it related to the difference between a greyhound and a whippet? It’s dog innit.

Sadness is running fast, fast and faster, but she can’t escape her condition, no matter how far she runs. She hopes to fall in the canal, to drown quickly underneath the green surface formed by some kind of seaweed. Green, like the colour of your favourite drink as a child, a diabolo menthe. She’s not the one who should drown, but she can’t think clearly. Sadness wanted to be hit by a car while cycling in the dark. Enough for someone to take over her life decisions. Perhaps just enough to be carried away in a place where someone would tuck the bed sheets under her chin and would give her some water when she’s thirsty. Instead she has been kicked in the shins, hard and harder, her body is sore. Sadness can’t see the path anymore, she’s crying too much, she must stop on a wood bench. She has never been there, it’s beautiful despite the fact she wants to jump into the river, there is weeping willows to make her notice she’s not the only one crying out there. When she sits, an orange butterfly lands on her right arm, moving its small wings. They stay here together until she stops sobbing. How ridiculous is sadness? She’s fairly desperate, she doesn’t know why she feels so lonely all of a sudden, like there is nothing left around her, all the furniture has been removed, her memories erased, her friends and family evaporated. She screwed up her possibilities, she is as stupid as she knew she was. She thought about happiness, still sat on the sofa. She would beg the universe, knees on the floor, to get a chance to go backward in her life and sit next to happiness again. Unfortunately, that is impossible. She will have to run fast again, fast and faster to join her friend on the sofa. She knows she can do it, she doesn’t want to drown anymore, she wants to drink a diabolo menthe.

Le sosie de Matt Damon

Tous autour d’une même table en début de soirée, le sosie de Matt Damon, l’écossaise et sa copine, les femmes de marins, ou les marins eux-mêmes va savoir, son amie et elle, ils ont écouté ce qu’il avait à dire, car ils sont polis, mais dans un coin de leur tête tournent les mêmes mots en boucle mais qu’est-ce qu’il raconte ça n’a aucun sens il s’écoute parler là ne pas rire boire une gorgée de bière mais éviter de rire surtout tandis que dans la tête du sosie de Matt Damon les phrases ne se construisent plus correctement, la grammaire a quitté la soirée, les mots se battent dans la rue. Les perruques se font lourdes et leur cuir chevelu gratte, irrité par la transpiration qu’ils ont accumulé au fil des chapelles. Mais hors de question de les enlever, elles font parties du lot désormais, ils ne parviendraient pas à se reconnaître les uns les autres sans elles, et ça ce n’est pas possible, ils doivent rester enlacés à leurs personnages. L’écossaise et sa copine, leurs jupes trop courtes et mal taillées, des bas résilles filés, et le maquillage qui coule sur les joues, la peau luisante sous la couche blanche et rouge appliquée le matin même dans l’auberge. Ils avaient commencé tôt, à boire du punch, très fort, trop fort, toujours aussi bon, avec une petite louche. Parfois il y avait des chapelles à la soupe de champagne, et d’autre à la soupe à l’oignon, elles étaient toutes comme il fallait. Faire chapelle dans le nord, ça n’a rien à voir avec le prêtre du village. C’est accueillir des gens, chez soi, pendant le carnaval. Des gens en manteau de fourrure, des gens en chat, des gens avec des petits parapluies, des gens gros, des gens noirs, des gens femmes, des gens hommes et des gens hommes en femme, tout ça quoi. Et elle. Tout en fourrure elle aussi, de la vraie, mais elle est vieille, elle date d’il y a au moins cent ans, avec une perruque en cheveux synthétiques roses qui démange horriblement, et des lunettes qui la mettent dans un drôle d’état. Bref, ils sont là autour de cette table en bois, elle préside, enfin pas vraiment mais elle est en bout de table alors elle regarde tout le monde et elle écoute patiemment. Le sosie de Matt Damon ne parle plus droit, il a chaud, elle voit les grosses gouttes de sueur perler sur la peau de son cou. Qu’est-ce qu’il ressemble à Matt Damon elle se dit, tout le monde lui a répété au moins mille fois aujourd’hui, elle ne parvient pas à s’y faire. Mais son esprit est parasité par ce qu’elle entend de l’autre côté de la table et elle pense écouter être polie mais quoi qu’est-ce qu’il dit la musique est quoi la musique est moite? Elle est polie certes, mais elle lève la tête et un sourcil sous sa perruque sous laquelle son cerveau cuit à l’étuvée, et croise instantanément le regard embué par l’alcool de celui qui porte sa perruque à l’envers, depuis ce soir, depuis toujours peut-être, et ils se sourient pour s’empêcher d’éclater de rire. C’était sans compter sur la réaction du sosie de Matt Damon, qui surprend tout le monde, car il dit qu’il est d’accord avec ça il est d’accord la musique elle est moite. C’est inattendu et un intéressant retournement de situation. Ils ont tous éclaté de rire autour de la table, même l’écossaise et sa copine.