Jour 3 – Mercredi

On était bloqués chez nous. Paresse forcée, dans une chambre qui ne dépasse sans doute pas les 15 mètres carrés. Ca me rappelle Paris, la chambre de bonne, les 6 étages sans ascenseur, les toilettes sur le palier et la vue sur un bout de Tour Eiffel. Oui je me souviens maintenant, j’avais un tout petit balcon dont j’étais fière, je pouvais me pencher sur la balustrade et voir au loin, Pasteur et son institut, les scooters garés en bas de l’immeuble et cette Tour Eiffel au loin, qui scintillait toutes les nuits. Ca m’apaisait, lorsque je me sentais seule. Car j’étais souvent seule dans cette chambre. Alors j’écrivais beaucoup dans un vieux carnet, je peignais à même le sol, car j’avais pas de table. J’abuse un peu car j’avais une table qui se repliait, un bout de plastique noir qui pouvait m’accueillir moi et mon bol de ricoré. Oui je buvais encore de la ricoré à cette époque, ce faux café que j’adorais. Mais je préférais rester par terre, sur mon futon qui a vécu tant d’événements, vu passer tant de jambes nues. Alors du coup je regardais des films, des films bizarres que mes connaissances bizarres me conseillaient, et je les regardais, j’avais pas peur chez moi, toute seule. J’étais forte, j’étais grande.

12 ans plus tard, je suis de nouveau seule, dans une chambre différente, avec les toilettes sur le palier, mais aussi la douche, et la cuisine. Une vraie grande maison anglaise, avec du parquet et dans ma chambre, une grande fenêtre qui donne sur un jardin. Mes plantes squattent tout mon bureau, que je leur ai laissé. Mais parfois, quand je m’assois à ce bureau, et que je regarde entre les plantes, par la fenêtre, je vois un renard qui prend le soleil sur un toit, un écureuil qui saute et des enfants qui gigotent pieds nus sur un trampoline. Parfois, quand je m’assois à ce bureau, j’ai de nouveau envie d’écrire. Comme aujourd’hui.

Tu es le remplaçant, le à-coté,
mais pourtant tu es si important que tu pourrais l’emporter.

Mais je n’ai eu aucune nouvelle de toi,
l’autre, le premier, le seul.
Personne ne peut comprendre
à quel point tu es là.

J’écoutais Julien, France et Michel.
Beaucoup, en roulant, en pleurant, en bougeant la tête.

Il n’y avait rien d’autre à faire.
À part courir, peut-être, loin, très loin,
et m’échapper le long de l’eau et des parcs.
Refuser de rester, d’affronter.

Juste disparaitre peut-être aussi.
Mais ça apparement c’est interdit.
Ça ne se dit.

Alors comment on fait pour continuer?

Le club

Le club était vide, pourtant on y jouait déjà de la musique. L’enseigne en néon s’étalait sur la façade ‘X’ – elle n’est pas encore prête à assumer ce nom trop littéral, alors elle préfère le garder sous silence pour l’instant. En entrant, elle vit une scène vide, du matériel de musique et une boule à facettes qui ne brillait pour personne. La solitude de cette pièce l’effraya mais elle savait qu’elle y retournerait, dans ce club qui lui était si honteusement familier.

 

Le bourreau

          Vous pensez sans doute que la souffrance du bourreau est méritée, qu’il doit se sentir coupable, et même ne plus en dormir la nuit. Vous espérez qu’il regrette, qu’il en pleure, qu’il supplie et qu’il en crève de  culpabilité. Derrière vos phrases bien polies, comme le verre par la mer, celui qui se transforme en doux galet, transpire vos souhaits de le voir puni. Pas par vous, non, vous valez mieux que ça, mais par le reste du monde. Et le bourreau se couche le soir, avec des images qui tournent vite, trop vite, comme une voiture de course, celles de son cauchemar, celui qu’elle faisait souvent quand elle était petite.

C’était les plantes, la fumée des plantes qui nous faisait rire. Nous riions tellement que nous nous roulions par terre, dans l’herbe fraiche de la nuit, les tournesols et les massifs. Tellement, qu’il fallait nous empêcher de rouler trop loin, de tomber dans le trou du garage. Tellement, que nous pleurions, finalement…