Orange

S’il n’y avait ni feuille sur les arbres ni cheveu sur nos têtes le vent ne ferait aucun bruit. Il n’existe que par ses actions sur le monde qui nous entoure et les réactions qu’il provoque. Sans cela nous ne le remarquerions même pas. Dans les rues il n’y aurait que le silence, seulement perturbé par le pot d’échappement de quelques véhicules, et le bruit étouffé des pas des chats. Ses sales histoires de chat roux qui viennent te dire bonjour, de chats qui s’endorment comme des nouveaux-nés dans les tiroirs, de chats qui portent des noms d’ours, de chats aux yeux bleus. Est-ce que c’est ça être amis? Parler de choses qui ne nous intéressent pas? Pour le simple plaisir de recevoir un message, une réponse, d’entendre le bruit de l’Iphone qui sonne. Parfois tu voudrais aussi utiliser le cul d’une lampe pour exploser ton téléphone. Être injoignable. Disparaître sans laisser de traces. Prendre un train, n’importe lequel, regarder les écrans et partir. Peut-être le nord, c’est toujours bien le nord. Mais tes lampes sont trop fragiles, elles sont faites de sel rose, elles fondent même un peu l’été quand il fait trop chaud. Et tu te retiens de lécher les grosses gouttes salées qui perlent. T’es comme cette lampe, t’es pas aussi lisse que tu veux le faire croire, ni aussi tarte que tu veux bien le montrer. À la place de partir dans le nord tu vas partir dans le sud, prendre un bateau et manger du loup de mer. Il y a mille façons de disparaître, de se dissoudre, comme cette lampe de sel. Tu peux aller dans un bar, changer de prénom, prendre une frozen margarita et porter des couettes. Tu peux haïr Suzie et toutes les autres. Tu peux lire Raymond Carver et rêver d’avoir ton nom imprimé à la place du sien sur la couverture. Tu peux voir des lumières vives devant tes yeux, comme après avoir mangé des champignons à la fac, ceux au goût de la mousse sur le sol de la forêt, et continuer d’ouvrir les yeux, sans rien voir, simplement des couleurs. Tu peux cacher un bout de ton âme dans un autre être humain, et prier pour que personne ne le découvre et ne le tue. Tu peux sourire par défaut. Tu peux écouter l’album Alive 2007 de Daft Punk, comme ces longues nuits où tu buvais du mauvais vin dans un grenier avec pour compagnons des prénoms d’empereurs romains, et où tu mimais la guitare, agenouillée sur le tapis, à chaque fois que la musique Aerodynamic passait. Dans ta chambre c’est ridicule, il y a tous ces objets orange, ton briquet clipper qui te suit partout et cette veste imperméable beaucoup trop longue pour toi. On dirait que tu ne portes rien en dessous, rien que tes chaussettes hautes noires Adidas. Sinistre! Pourtant uranus tourne toujours sur elle-même. Rien ne change dans le ciel, même quand la terre s’affaisse sous les roues crantées de ton vélo, ou quand sa montre vibre car il a reçu un message, même quand la coriandre a un goût de savon, même quand le vin est orange. Rien ne change dans le ciel, pas même à cause des lampes de sel.

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