Impossible de dormir, les yeux sont grands ouverts dans le noir, seule la lumière de la lune se reflète dans le miroir circulaire accroché au mur, créant sa jumelle à l’intérieur de la pièce. Il fait trop chaud sous la couette, c’est à cause des plumes dans le duvet. Alors elle sort sa jambe qu’elle enroule au dessus de la couette, mais ça lui donne encore plus chaud, comme enroulée autour d’une présence. Sors de là, sors de mon lit, tu n’as plus rien à y faire, pense t-elle. Elle repousse le tout du pied, rageusement, fous moi la paix! et s’allonge sur le dos, les bras en croix, essayant de respirer par le ventre, comme si elle écoutait une méditation guidée, la dernière chose qu’elle avait bien envie de faire. Pourtant il est deux heures du matin, pourquoi n’est-elle pas fatiguée? Elle est agitée, et pas seulement physiquement. Elle entend la petite fille dans la pièce du dessus, qui se met à gémir et pleurer, probablement perdue dans un cauchemar. La lumière du couloir s’allume, elle entend des pas, ceux du père qui ouvre la porte de la chambre de sa fille pour la calmer. Les gémissements s’atténuent. Des pas, de nouveau, puis la lumière s’éteint. C’est dommage car pendant cinq minutes elle ne pensait plus à elle, mais aux cauchemars de la petite fille. Et finalement, elle revient à elle-même et s’interroge, que se passe-t-il si elle fait un cauchemar désormais, comme elle avait l’habitude d’en faire, quand elle se redressait dans le noir, qu’elle s’asseyait sur le lit et qu’elle prononçait un vrai charabia, ou qu’elle gémissait aussi parfois, apeurée. Comme cette fois au centre équestre de Jouy-sur-Eure où elle avait réveillé les autres, la nuit qu’ils avaient tous passée dans le foin, après une veillée où l’un des garçons lui avait appris le mot vénère. C’était la première fois qu’elle se rendait compte qu’il lui arrivait d’être somnambule. Aujourd’hui il n’y a personne pour allumer la lumière, lui caresser le dos et la rallonger. Personne pour lui dire que ses cauchemars ne sont pas la réalité. Personne à réveiller quand elle a les yeux grands ouverts dans le noir depuis maintenant trois heures. Alors elle se parle toute seule, se tapote la cuisse pour se témoigner de l’affection, tourne mille fois dans sa main une pierre de quartz rose pour s’occuper les mains, déverrouille son téléphone car elle a peut-être reçu un message depuis, mais non rien, personne n’est réveillé à cette heure-là, et même si c’était le cas, sûrement pas en train de lui envoyer un message. Elle se traite de saucisse car elle sait pourquoi elle n’arrive pas à s’endormir, elle pense trop, elle crée des petits scénarios dans sa tête qu’elle réalise ensuite avec peu de moyens. Cette nuit-là elle est contrariée, elle repense à son après-midi, à quand elle a crié au téléphone, avec les gens autour qui l’entendaient, mais il fallait qu’elle crie, il fallait qu’il entende ses mots de sa bouche, encore. Elle l’aurait frappé s’il avait été là. Mais elle a crié. Et crier c’est comme frapper, ça fait tout aussi mal, et pas seulement à celui qui intercepte le cri. C’était tous ces petits films qu’elle passait et vivait dans sa tête, au lieu de fermer les yeux et de regarder ses pensées avec détachement, comme un paysage depuis un train à grande vitesse.

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