Une affiche. Il avait récupéré une simple affiche de la pochette de l’album de 2008. On avait bu un coup au MacLeod avant, lieu le plus proche du concept de pub, où tous les mineurs – et je ne parle pas ici des hommes taupes – des lycées publics et privés environnants, se retrouvaient pour boire des monaco trop sucrés, mais avouons-le délicieux. Ah et d’ailleurs, on ne buvait pas des verres de monaco, mais des pichets. Happy hour, un prix dérisoire pour un pichet de bière, sans doute de la 1664, de la limonade et du sirop de framboise. Le MacLeod c’était l’endroit idéal pour apercevoir son crush et feindre de l’ignorer, écouter des mecs bien trop vieux pour être là parler du shit qu’ils ont chopé – c’est de l’afghan, être paf mais se sentir protégée par cette masse informe, amicale et juvénile, se partager les noms des autres, de ceux qui ne font pas partie de notre bande ; alors on mate, on se jauge, on rigole, on est biens, on ne vit pas dans le passé, et pas encore dans le futur, on est juste là, à dissoudre nos peurs presque adultes dans des pichets de monaco trop sucrés. On a sans doute bu deux voire trois pichets ce soir là, avant d’aller voir Sébastien Tellier, ses cheveux longs et son piano. Il y a un grand mur d’enceintes, dont je suis très proche, les acouphènes du lendemain ne mentent pas. Il chante La Dolce Vita de Christophe, et dans la salle une vraie Elsa crie C’est moi, Elsa! et on pense tout à coup que tout tourne autour de nous, de la bête dont on est chacun un membre, que tout tourne autour de ce moment, cette chanson et la vraie Elsa qui dans la salle. On pense que c’est éternel, on se croit éternels. Les pichets de monaco suffisent à créer la fièvre de cette soirée, où je grimpe aux lampadaires, où il met une fleur derrière son oreille et où on jette des poteaux. Pourquoi? Parce qu’on peut. Il a récupéré une affiche de ce concert. Il y a découpé quelques lettres pour lui et la bande. Et il m’a donnée l’affiche estropiée, le corps d’une femme nue, seulement creusée par le manque de quelques lettres au nom de Sébastien. Je n’ai compris que bien plus tard, qu’il m’avait fait le plus beau des cadeaux, un souvenir dont il a lui aussi gardé une partie, la lettre B ou S restée dans un coin de son portefeuille, peut-être. Car cette nuit-là, c’était autant la sienne que la mienne.

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