Le vin dans la garenne, le cul de la bouteille coincé dans l’entrée d’un terrier dont nous ne verrons jamais les lapins, tapis dans l’obscurité, ou simplement partis. Une garenne silencieuse, sèche, morte, sur laquelle on peut asseoir nos fesses musclées par les squats et autres exercices militaires que l’on s’est imposés pendant deux mois. Sur l’étiquette de la bouteille de vin pour lequel on a macéré la peau des raisins, la petite fille nous fixe, méfiante, pourtant c’est elle à que j’aimerais poser des questions, avec son pansement au doigt. Au loin derrière une clôture, quatre belties écossaises, c’est-à-dire des vaches Galloway ceinturées sont dans leur pré, l’une est au coin et presse sa grosse tête duveteuse contre l’arbre fruitier, tandis que les trois autres se bousculent, toutes coupées en deux par une large rayure blanche qui tranche avec le noir de leur pelage. Mon coeur en fromage a été bouffé par un chien gris, un whippet. Ça me rappelle celui qui venait sur mes genoux, avant. Il a succombé. Mon coeur, pas le chien. Il parait qu’il faut s’y attendre, qu’on l’a bien cherché, à faire un pique-nique comme ça, dans les champs. Bientôt elle va me parler de mon short. J’aurais dû lui répondre que ce n’est jamais la faute de la victime, toujours celle de l’agresseur. Ce n’est pas ma faute, si son chien a mangé mon coeur.

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