Je construis mon avenir à coup de briques. Comment les poser si je ne sais pas ce que je veux construire. Alors elles s’amoncellent, se cassent la gueule, forment un mur, une tranchée, un mur de briques, pas de toi. Ma maison intérieure elle est biscornue, elle ne tient pas debout car elle n’a pas de fondations, c’est comme marcher sur du sable mouvant, ça tient pas.

Comment tu veux y vivre toi dans cette maison engloutie ?

Dans le jardin de ma maison, il y a une mare, vaseuse et visqueuse, odorante et grouillante. Face à elle il y a un banc. Quand je m’y promène, je m’assieds auprès du banc, je ne veux pas le déranger; et je regarde la mare. Plus précisément je regarde le nénuphar dans la mare. Et plus précisément encore je regarde la fleur de lotus sur le nénuphar sur la mare. À côté de ma maison il y a une fleur de lotus qui a poussé dans une mare dégueulasse. Elle a poussé sans fondations elle aussi, et elle est toujours debout.

Dans ma maison biscornue il y a des mains qui grattent les volets, il y a un couloir long et noir, il est long, il est trop long. Dans ma maison il y a une robe de mariée au grenier et des bols bretons plein les placards. Dans ma maison on y danse, on y danse, car si l’on arrête de danser on fane. Dans ma maison on pleure, beaucoup. On pleure les chagrins d’amour, les vies qui partent, les vies qui démissionnent, on pleure les cris, on pleure les peurs. Dans ma maison il n’y a pas de plafonds, que des étoiles et des constellations. Dans ma maison il y a du cuir et du bois, il y a des feux de cheminée et des araignées partout. Dans ma maison il y a la salle de bain, il y a de la mousse, la mousse, la mousse, il y a la tête sous l’eau, partout, tout le temps. Dans ma maison il y a de la musique, il y a de la solitude, il y a du café, du café au lait, des oeufs et du pain.

Dans ma maison biscornue il y a du carrelage, aïe ça fait mal. Dans ma maison il y a des têtes de mort roses dans la baignoire et des rideaux aux fenêtres. Mais quand je regarde par la fenêtre, je vois la mare, et je regarde la mare et je vois le nénuphar, et je regarde le nénuphar et je vois la fleur de lotus. Et je souris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s