Les billes
Roulent roulent, roulent les billes
dans mes mains elles se réchauffent
malgré le froid qu’elles repandent en moi
Fragiles, douces, gentilles,
elles te giflent en plein visage
comme après une main baladeuse
un 14 juillet sur les bords de Seine
Je promets je peux aussi frapper
les hommes qui le méritent
Je suis désolée je n’étais pas là
quand tu en avais besoin
Roulent roulent, roulent les billes
sur le sol, le tapis et sous les meubles
avec mon père comme seul témoin
Je pourrais les mâcher comme de la mâche
avec une vinaigrette aigre douce
En faire de la poudre de verre
à rejoindre le cosmos
à briller à midi
à garnir une margarita
à t’en faire mal aux mains
à saigner des gencives
Roulent roulent, roulent les billes
Je vais la ranger – la tienne –
dans un pochon de velours
comme mon chien euthanasié une nuit d’hiver
et la polir
comme une antiquité égyptienne
volée par Sir Joan Soane