Pomme, Flavien Berger – magie bleue

Rater sa vie, enfin je veux dire la manquer, qu’elle nous passe sous le nez quoi, les bébés seront bientôt adolescents, les amis démissionnent et deviennent potiers, ou déménagent à Taiwan. Les autres vont à l’hôpital, sortent de l’hôpital, prennent la voiture et payent des tests à £300 l’unité parce qu’ils peuvent se le permettre. Les uns font des raves en Bretagne – et ailleurs sûrement – et les autres critiquent ceux qui prennent un flat white à emporter sur Broadway Market un dimanche après-midi, mais habitent avec leur mec et leur lapin. Peuvent-ils vraiment comprendre la solitude des gens qui se lèvent et se couchent tous les jours de l’année avec pour seule compagnie des colocataires scorpions – croisés deux fois par semaine dans la cuisine avec un pot de pickles, du pain de seigle, du chaource, des doritos, un sachet de skittles et du cheddar extra mature dans les bras? Alors à la place de penser aux anti-vaxxers j’écoute Pomme, comme une pommade sur mes peines et je bois du jus d’orange de Sainsbury’s, celui sans pulpe, car j’aime bien boire sans devoir mâcher en même temps. Je lis du Kafka, comme un horrible rêve, celui où la fée clochette tombe de l’avion, avec des cartes postales pour des papis déjà partis, ou comme une épiphanie sous champis. Ah et n’oubliez pas, si vous recevez un message de la part de votre opérateur téléphonique, ne cliquez pas sur le lien, ne donnez pas les détails de votre carte bancaire, vos numéros de compte et le nom de jeune fille de votre mère, surtout si ce n’est même plus votre opérateur téléphonique.

Ce n’est pas Francesco Totti

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J’ai plié ton pyjama et ma culotte est sous ton lit

avec un exemplaire de Kafka

C’est Le Château,

notre favori 

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Peu importe,

ce n’était rien qu’un mois comme ça

Un mois pour passer le temps

Le temps de te passer de moi

en prenant le train un matin de décembre 

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Les murs étaient trempés, 

les russes nous avaient mis sur écoute

La brume étaient tombée sur les routes

des marais 

Quand le café s’est renversé sur ma fourrure

C’était du lapin

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Suis-je bien bête

un type qui porte un serre-tête

même s’il lit The New Yorker

Ce n’est pas Francesco Totti

Oh quel malheur!

« If we happen to be walking along a street at night, and a man, visible already from afar – because the street inclines gently uphill in front of us, and there’s a full moon – comes running towards us, then we will not grab hold of him, even if he’s feeble and ragged, even if someone is running after him, yelling, but rather we will let him run on unmolested.

For it is night, and it is not our fault that the street in front of us in the moonlit night is on an incline and, moreover, it is possible that the two men have devised their chase for their own amusement, perhaps they are both in pursuit of a third man, perhaps the first of them is being unjustly pursued, perhaps the second means to kill him and we would become accessory to his murder, perhaps the two of them don’t know the first thing about one another and each one is just running home to bed on his own account, perhaps they are two somnambulists, perhaps the first of them is carrying a weapon.

And finally, may we not be tired, and have we not had a lot of wine to drink? We are relieved not to see the second man. » 

The men running past, Franz Kafka

Don’t settle for the waiting list

If Christmas has been cancelled

and the tree thrown away,

all the doors remain closed from Manchester

to the Loire Valley but,

the wine keep flowing somehow.

Gamay, wild game and too many games,

this is how we lose track and hit bottom

or a parked car after a boozy night.

You thought you were going first on that ride but,

you ended up on the waiting list somehow.

A night like no other

Lactose free Baileys and sparkling Gamay

A caring French nurse working on Christmas Day

No number to dial when you look at your phone

except 111 and your ex boyfriend’s one 

The only space where you feel safe

are the empty corridors of the hospital

in the middle of the night

Sometimes it feels like the foxes would devour you

if you were lying on the ground,

unconscious

Sniffing your legs and licking the blood on your face

until you wake up 

When life is a disaster, and there is nowhere to go

don’t jump on your bike like a reckless idiot 

or life will teach you a lesson 

There is nowhere to go

except in your own mind 

when you become blind

What I’ve learnt from a 3/10 rated week

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If the man is wearing crocs 

and running after the thief

Don’t throw a bottle of pricey wine 

or he won’t catch him

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If your nan died 

and there is mist in your head

Lock your bike to the lamp post 

or they’ll take it

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If your ceiling is collapsing

because of the shower leaking

Don’t sit on the toilet

or you might be knocked out

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If the Greek gods get mad at you

shaking your world 

as much as a man can do 

with a printer not working

Just breathe, 

the week is gone

La perte de mon vélo, du plafond de ma salle de bain et de ma mamie en une semaine

On s’est demandé quel dieu grec j’avais bien pu fâcher, mais moi je sais que les anges ont chuchoté aux oreilles de ma mamie de prendre mon vélo avec elle, pour rouler jusqu’au grand cinéma Gaumont où elle n’avait pas pu se rendre lorsqu’elle avait 16 ans. Je sais que si j’avais eu encore mon vélo et ma mamie ce matin là, j’aurais été dans ma salle de bain dix minutes plus tard, quand le plafond s’est effondré – et pas à manger une banane dans la cuisine tout en partageant mes deuils avec Fifi ma coloc – et c’est moi qui serait partie avec mon vélo. Bon, j’exagère un peu, je m’en serais sans doute sortie avec une simple bosse et une histoire à raconter mais quand même personne ne veut être en train de faire pipi lorsque la maison s’écroule. Alors je dis, merci mamie.

Une trompe d’éléphant en apéritif près d’un champs Eviter les massifs de fleurs Ça m’écoeure cette viande grise affreuse et graisseuse à en faire une crise de foie de nerfs de foi comme à la guerre Pendu la tête en bas Pendu les pieds en l’air Ça va de soi

Aussi fermée qu’un sachet de Wotsits pas entamé, acheté à l’épicerie du coin avec le pourboire du mois d’octobre. Un pound bien placé tout droit sorti de mon porte-monnaie en faux cuir totalement élimé où se trouvent un bout de corail mort, un fossile et un laissez-passer du Centre Pompidou de 2014. Il y a même des timbres possiblement périmés et des tickets de vestiaires de boîtes de nuit – lesquelles? absolument dépassés. On est dans le brouillard, de l’eau jusqu’aux chevilles, à patauger dans la gadoue entre deux vaches et des chardons et on se demande Putain mais on est où là? On est dans le brouillard, à boire du vin cosmique, à s’enfiler du pain saumon fumé cheddar chutney qui fera une tache sur mon pantalon blanc, à fumer des kilomètres de cigarettes pour oublier les paupières qui tombent et la mâchoire qui se décroche, à écouter du hip-hop irlandais et Balavoine en regardant des maisons sur google street view, à s’imaginer quitter l’île sans avoir nulle part où débarquer. On est dans le brouillard car on a plus de toit sur la tête, mais on boit de la potion pour survivre à 2020, comme tout le monde. Ah oui et hors de question d’ouvrir ce satané paquet de Wotsits, vous êtes prévenus, car boys get sad too.